Mireille Henry

... ne te retourne pas...

31.01.2010

 — 28.02.2010

Mireille Henry réalise son travail artistique en plusieurs phases. D'abord elle peint ou photographie. Puis, dans un deuxième temps, elle juxtapose les images ainsi créées, dans des polyptiques, aux associations inattendues. Enfin, elle fixe à différentes hauteurs ces groupes d'images, qui deviennent à leur tour les éléments d'une installation murale.

Ces différentes phases sont aussi essentielles les unes que les autres, puisque, comme l'artiste le souligne:
« L'intérêt des assemblages est que chaque image, qu'elle soit photographique ou peinte, n'est plus une image singulière, mais un instant ou un fragment d'histoires continuellement en mouvement »
Mireille Henry invite ainsi à une lecture d'ensemble, une lecture mobile, plutôt qu'à un arrêt sur image. L'apparence même de ses peintures et de ses photographies, dominées par le flou, suggère le mouvement.

Mais ce flou est plus complexe qu'un simple effet de mobilité. Il donne à ses images le caractère d'apparitions mystérieuses, issues des profondeurs de la mémoire et de la sensibilité. L'artiste va même plus loin en en prenant une position d'observation et d'attente, en retrait, car, comme elle le souligne:
« La peinture me donne des pistes. J'ai l'impression qu'elle me tire en avant et non le contraire, que les images surgissent de derrière le support. J’aime me laisser surprendre. ».

Ce « surgissement » des images s'exprime picturalement par des balayages - et parfois des coulures – de peinture à l'acrylique fortement diluée à l'eau. Cette peinture imprègne décidément le support, un papier léger d'assez basse qualité. Les teintes sont mates et ambiguës, faites de camaïeux de gris colorés, à mi-chemin entre couleur et noir-blanc. De plus, peintures et photographies semblent d'autant plus naître de « derrière le support » que les feuilles sont toujours fixées à fleur de mur.

Si les images de Mireille Henry suggèrent ainsi des apparitions mystérieuses, elles surprennent en même temps par leur aspect familier. C'est que ce sont des sortes de notes, issues des observations que l'artiste fait au quotidien: une ambiance ressentie dans le train, un fragment de paysage vu de son atelier, un jouet ou encore le motif d'un textile. Ce sont des impressions ou des souvenirs fugitifs, du type de ceux que nous gardons en mémoire. Mireille Henry conçoit d'ailleurs l'appropriation de ses images par le spectateur comme allant de soi. Leur signification change selon les gens qui les regarde, et l'essentiel réside dans l'émotion qu'elles peuvent leur procurer.


Valentine Reymond, conservatrice du Musée jurassien des Arts - Moutier